Aujourd'hui l'idole a 66 ans. Je vois en cet anniversaire une petite occasion de raconter son passage au Havre, pour le spectacle TOUR 66 et donc une partie de ma longue journée de vendredi (pendant que j'y suis).
Deux garçons sur la route
Vendredi 12 juin 2009. Il est midi. Depuis des semaines (si ce n'est quelques mois) j'attends cette date. Depuis le début de la semaine j'attends ce moment avec une impatience hors du commun. Je sors de l'organisme de Rouen où je vais deux fois par semaine, achète et mange un truc rapidement avant de rentrer chez moi. Une fois arrivé je me change pour mettre une tenue plus appropriée à l'occasion et attends Grand Ours qui vient me chercher dans sa FORD vers 14 heures. Notre direction : Le Havre (Stade Jules Deschaseaux). La raison : le concert de Johnny, de passage pour son ultime tournée TOUR 66. La première du spectacle et de ses passages au Stade De France ont fait parler d'eux, tant le spectacle avait impressionné mais aussi ému les fans, surtout au Stade De France où l'idole n'avait pu contenir son émotion (au bout d'un demi-siècle de carrière, c'est compréhensif). Ce sera la cinquième fois que je verrai Johnny Hallyday en vrai.
Nous partons de chez moi en écoutant une partie du nouvel album de Green Day (1) puis une partie d'une petite compil de Johnny faite par votre serviteur. Pour être franc je n'ai pas fait attention au temps du trajet. Je ne sais même plus combien de temps nous avons fait la queue devant le stade, au milieu des vrais fans comme moi, les moins et les curieux. Il faut dire que j'attendais qu'une chose à ce moment là, et que le reste je m'en foutais comme ce n'est pas permis. La seule personne que je veux voir c'est Johnny.
17 heures. C'est l'ouverture des portes... mais pas encore pour nous. Il nous faudra attendre encore plusieurs minutes pour enfin passer la barrière, se faire fouiller à l'entrée (pas grave, depuis le temps que je vais à des concerts je sais où bien cacher mon appareil photo). À propos, je trouve ça idiot de fouiller les gens pour prendre leur appareil ou leur caméra alors que le concert a été diffusé à la télé, et même en général avec les téléphones portable (qu'ils ne prennent pas) on peut envoyer des photos et vidéos sur le Net. Enfin, c'est la France. Pour revenir dans le vif du sujet, nous entrons dans le stade et allons à notre place. Je suis à côté d'un couple. Cet homme et cette femme doivent avoir la soixantaine naissante. C'est la première fois qu'ils vont voir Johnny sur scène. Ils sont très sympas. J'achète le programme de la soirée et attends. Attends...
Grand Ours est à quelques places de moi mais ce n'est pas grave, au fond on peut se rejoindre facilement. Johnny n'arrive pas avant 21 heures. En première partie, une heure avant, c'est Christophe Maé qui chante. Il est bientôt 20 heures et le stade se rempli peu à peu. Tous ne sont pas encore là. Remarque, vu la première partie je comprends pourquoi les gens viennent juste après.
20 heures. Les musiciens de Maé arrivent sur scène. Ils commencent à jouer. Il arrive. Ne me demandez pas combien de titres il a chanté, et même ce qu'il a dit je n'ai pas fait attention. Je n'ai même pas écouté d'ailleurs. Il part après ses quelques morceaux.
On retire les instruments de la scène. Plusieurs personnes arrivent dans le stade et se placent. Quelques « JOHNNY ! JOHNNY ! JOHNNY ! » se font entendre. De la tribune d'où nous sommes, nous pouvons apercevoir un bout de coulisse où l'équipe technique se prépare sur le côté (ah oui, nous somme à droite de la scène). Bientôt 21 heures...
Comme si il devait mourir demain
Des acclamations raisonnent lorsque l'on aperçoit Laeticia. Puis un groupe de plusieurs personnes se dirigent vers l'arrière de la scène. On les voit à peine. De nouvelles acclamations raisonnent, mais cette fois plus fortes. Inutile de deviner qui est cet homme au milieu de ces gens de l'équipe technique.
Quasiment tous hurlent son prénom. Les yeux rouges de ce fameux aigle s'illuminent. Un batteur donne l'intro. Les « JOHNNY ! JOHNNY ! JOHNNY ! » sont de plus en plus nombreux. Les autres musiciens rejoignent le batteur avec des notes. Il n'y a rien sur la scène. Soudain, des tonnes d'étincelles jaillissent juste entre nous (la foule en délire) et cette scène pendant plusieurs secondes. Tout s'arrête brusquement, même la musique. Il y a maintenant de la fumée qui occupe toute la scène. Deux gros projecteurs éclairent cette dernière, un de chaque côté. La fumée se disperse, disparaît. Il est là, debout au centre de la scène. On hurle tous, et il y a de quoi : Johnny est là. Le King actuel est devant nous. Dieu est ici. Il nous regarde comme si nous n'étions pas là pour l'aimer, mais pour le juger, le critiquer. Pour le chercher.
« Quoi ma gueule ?! » (2) Sa voix est plus rugissante que jamais. On hurle de joie. « Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?! »
La musique redémarre. Il continue MA GUEULE. Le show est bel et bien commencé. Il est bien là. Il attaque avec du lourd. Il nous en met plein la gueule dès l'entrée et nous chantons avec lui. On en veut et il est bien décidé à nous en donner.
La première partie de ce TOUR 66 défile devant nos yeux. Les effets visuels et de lumières sont impressionnants, imposants et géniaux. Le son est à l'image de l'Amérique que le plus motard de nos rockers aime tant. Il interprète des chansons qu'il n'a pas chanté depuis des années. Des chansons comme, dans le désordre, EXCUSE-MOI PARTENAIRE (3), le puissant et explosif DÉGAGE (4) puis JOUE PAS DE ROCK'N'ROLL POUR MOI (5). Au passage, un peu avant la déchirante fin de ce spectacle, il chanta une version à faire pleurer les anges de DERRIÈRE L'AMOUR, qui fait partie du même album que la chanson précédente. La première partie est composée d'une dizaine de morceaux. Sa fougue reste intacte. La bête de scène est loin d'être fatiguée. C'est sa dernière et il nous montre ce qu'il a encore dans le ventre.
Un peu plus tard. La seconde partie est commencée depuis peu de temps et l'instant tant attendu par la foule se trouvant dans la fausse arrive enfin : Johnny et certains de ses musiciens vont, sous l'air du légendaire PÉNITENCIER (6), sur la petite scène située au centre du stade pour une séquence acoustique et nostalgique. C'est magnifique. Je n'en reviens pas : il est à quelques mètres ! Avec cette ambiance on se croirait dans un vieux club de blues aux États-Unis. Les quelques reprises et ses vieux titres, LA FILLE DE L'ÉTÉ DERNIER (7) et LA TERRE PROMISE (8), sont un vrai bonheur. Il aura 66 ans lundi et ça ne se voit vraiment pas. D'ailleurs, lorsqu'on le voit ainsi on se dit que l'âge n'est qu'un chiffre. Un détail insignifiant. Ce petit passage se termine par une version tendre et mélancolique de QUELQUE CHOSE DE TENESSEE (9), bien entendu en hommage à Michel Berger, auteur de cette merveille qui a refait, en partie, la carrière du grand en 1985. Avec cette version, on se croirait cette fois dans des petites rues glauques du New-York en plein milieu de la nuit. Le spectacle se poursuit. Encore une dizaine de titres. La fin est proche...
L'ENVIE (10) se termine dans un mélange de fureur et de folie. Il vient de nous offrir plus de deux heures incroyables. Plus de deux heures de souvenirs, de rock, de blues et de l'émotion. Il nous salue avec ses musiciens. Il s'en va. Ils le suivent.
Nous hurlons son prénom. On en veut encore. La scène ne se rallume pas, reste ainsi. L'aigle nous observe toujours. Les premières notes du très beau ÇA N'FINIRA JAMAIS (11) se font entendre d'un coup. Il arrive de nouveau avec son « Ça ne peut pas finir ! Et j'aurai beau partir, je resterai toujours pour toi, à portée de voix, tu le sais bien... ».
Il continue à crier « Non ça n'finira jamais ! On refera la route, je vous le promets ! ». Son interprétation est à chialer. Ici cette chanson, aussi prenante et poignante soit elle, ressemble à un faux espoir. Elle n'est pas encore terminée que des applaudissements se font entendre. Elle se termine. Il retourne en coulisses. Cette version live de ce titre signé Calogero est une merveille. Mais trop forte pour l'occasion...
Les premières notes du magnifique ET MAINTENANT (12) se font tout de suite entendre. La fin approche. Il revient de nouveau sur scène. Là c'est un véritable jeu de comédien qu'il nous offre. Il regarde autour de lui, comme si le stade était vide. Comme si les lumières étaient éteintes. Elle approche...
« Et maintenant que vais-je faire / De tout ce temps que sera ma vie / De tous ces gens qui m'indiffèrent / Maintenant que vous êtes partis... »
Sa version est superbe, vraiment taillée pour lui. Émouvante à souhait. Il l'interprète brillement. On s'y croirait. On croirait vraiment qu'il en pleure, qu'il est dégoûté de partir, comme si il n'avait pas le choix. Je sens que c'est la dernière fois que je vois cet homme qui, depuis que je suis né, est pour moi un dieu vivant. L'homme le plus fort de cette putain de Terre. Depuis 50 ans il fait ce métier et des concerts de ce genre. Chapeau l'artiste.
« Je n'ai vraiment plus rien à faire / Je n'ai vraiment... plus rien ... plus rien... plus rien... plus rien ! PLUS RIEN ! »
Il repart par la même trappe où il est arrivé en seconde partie, pendant que la musique se termine. Oh merde, Johnny s'en va vraiment. Non il l'a dit lui-même dans ÇA N'FINIRA JAMAIS : « Ça ne peut pas finir / Y'a trop de souvenirs ». C'était probablement la dernière fois que je le vois en vrai. Oh non... Tant pis... c'est la vie
Dimanche 13 juin. Il est 01 heure du matin. Après le concert nous sommes restés pour voir ce que les petites boutiques proposent comme produits (histoire d'avoir plus de souvenirs que le programme, mes photos et mes vidéos) et maintenant nous sommes à fond sur l'autoroute, avec en fond sonore l'album de la belle Charlie (13). Un arrêt de quelques minutes à une station service. Mes yeux se perdent vers la jeune femme qui a la voiture à ma droite. Un échange de sourire et de nouveau à fond sur l'autoroute. Plus de voix, les oreilles prêtes à exploser et ce concert qui reste dans ma tête. Surtout le final. Ce départ... le réveil dans quelques heures sera dur. L'atterrissage aura comme une odeur désagréable.
La voix de Charlie, la vitesse, les lumières de la nuit qui défilent et la fatigue. Même si à mes yeux le spectacle est d'une beauté hors du commun (il était un moment à quelque mètres !!!), que Johnny part en beauté, la fin de ce TOUR 66 est à pleurer.
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1 = 21ST CENTURY BREAKDOWN (2009 Reprise Records).
2 = MA GUEULE (1979 Philips).
3 = Extrait de l'album BONNE CHANCE (1964 Philips).
4 = D'après SLOW DOWN de Larry Williams et extrait de l'album ROCK À MEMPHIS (1975 Philips).
5 = D'après DON'T PLAY ROCK'N'ROLL TO ME et extrait de l'album DERRIÈRE L'AMOUR (1976 Philips).
6 = D'après THE HOUSE OF THE RISING SUN d'Alan Lomax et extrait de l'album du même nom (1964 Philips).
7 = D'après SUMMERTIME BLUES d'Eddy Cochran et extrait de l'album ROCK À MEMPHIS (1975 Philips).
8 = D'après PROMISED LAND de Chuck Berry et extrait de l'album du même nom (1975 Philips).
9 = Extrait de l'album ROCK'N'ROLL ATTITUDE (1985 Philips).
10 = Lire l'article L'ENVIE.
11 = Extrait de l'album ÇA NE FINIRA JAMAIS (2008 Warner).
12 = De Gilbert Bécaud (1961).
13 = CHARLIE (2009 AT(h)OME).
Citation du titre : ALLUMER LE FEU, extrait de l'album CE QUE JE SAIS (1998 Mercury).
Titres présents dans l'article :
- Inspiré du titre UN GARÇON SUR LA ROUTE, d'après MATCHBOX de Carl Perkins et extrait de l'album ROCK À MEMPHIS (1975 Philips).
- Inspiré de COMME SI JE DEVAIS MOURIR DEMAIN, extrait de l'album COUNTRY, FOLK, ROCK (1972 Philips).
- Tiré de la chanson du même nom, d'après C'EST LA VIE d'Emerson, Lake & Palmer, et ouverture de l'album C'EST LA VIE (1977 Philips).
Photo : Adrien Balboa (2009).